Marché et fenêtres :

Myrtilles : L'Afrique consolide la contre-saison et les contraintes logistiques pèsent sur les marges en 2026

Avec des exportations en hausse, passant de 66 923 tonnes (2021) à 119 123 tonnes (2025), l’Afrique consolide son importance hors saison pour les exportations vers l’hémisphère Nord. D’ici 2026, les risques climatiques au Maroc, l’allongement des délais de transit par la route du Cap (+12 jours) et les pressions sur les coûts imposent une stratégie plus exigeante : durée de conservation après récolte, efficacité opérationnelle et priorité à la valeur ajoutée.

L'Afrique n'est plus un acteur secondaire sur le marché mondial et consolide sa position de puissance contra-saisonnière. Ce qui était autrefois perçu comme une source d'approvisionnement de secours pour pallier les pénuries est devenu un moteur qui redéfinit les flux commerciaux vers l'hémisphère Nord.

Cette évolution se poursuit sur une trajectoire d'accélération constante : de 66 923 tonnes exportées en 2021, la région est passée à 97 431 tonnes en 2024 et a atteint 119 123 tonnes en 2025. Cette croissance cumulée de 78 % représente non seulement un jalon en termes de volume, mais aussi un signe de consolidation des infrastructures qui oblige les marchés mondiaux à réévaluer leur dépendance vis-à-vis des fournisseurs traditionnels.

L’« anomalie marocaine » : quand le climat bouleverse les prix

Les prévisions pour avril 2026 dans des régions clés comme Agadir et Larache anticipent un scénario critique ayant des répercussions directes sur les prix internationaux. Des anomalies de température sont attendues, susceptibles de réduire la taille des fruits précisément au moment du pic de production, période de plus grande sensibilité du marché.

D'un point de vue systémique, ce déficit climatique dans la principale plateforme logistique de la région mettrait à rude épreuve l'approvisionnement en produits de qualité durant la période mars-avril, provoquant une bulle spéculative avec des pics estimés à 7,38 $US/kg. Dans ce contexte, le pouvoir de négociation basculerait en faveur des concurrents régionaux capables de réagir rapidement.

« Le déficit prévu dans le nord crée un manque d'offre de qualité supérieure que l'Afrique du Sud et le Zimbabwe devraient exploiter stratégiquement pour capter des rendements marginaux qui, dans des conditions normales, seraient hors de leur portée. »

Mer Rouge : 12 jours supplémentaires et une nouvelle exigence après récolte

Les tensions géopolitiques en mer Rouge et dans le golfe Persique ne sont plus de simples variables externes, mais constituent désormais des contraintes opérationnelles. Le détour obligatoire par la route du Cap allonge le transit de 12 jours, ce qui a un impact direct sur l'état et les performances du navire à l'arrivée.

Cette évolution exerce une pression sur les stratégies d'approvisionnement des acheteurs internationaux. Au-delà d'un simple surcoût, l'allongement des délais de transport renforce les exigences techniques : la continuité commerciale est de plus en plus liée à l'adoption de variétés à durée de conservation prolongée, accélérant ainsi la transition vers une génétique plus performante sur le plan logistique.

Le Zimbabwe et le facteur d'efficacité : un concurrent discret

Si le Maroc conserve un avantage grâce à sa proximité géographique avec l'Union européenne, un concurrent à la logique opérationnelle différente a émergé : le Zimbabwe. Avec 5 319 tonnes, sa force réside non pas dans sa masse critique, mais dans sa sophistication opérationnelle.

Le Zimbabwe se distingue par le taux de croissance le plus élevé de l'efficacité du travail dans la région. Face à la hausse des coûts, il affine un modèle de précision privilégiant la production par ressource. Cette efficacité constitue un atout précieux : en cas de défaillance logistique ou de flambée des coûts, sa performance opérationnelle lui permet d'absorber les chocs qui contraindraient les producteurs moins performants à quitter le marché.

Myrtilles au Zimbabwe © Tafara Mugwara/Xinhua

Changement stratégique : du volume à la niche à forte valeur ajoutée

Dans un contexte macroéconomique marqué par une hausse de 15 % des coûts de transport et d'énergie, la marge nette de l'exportateur a été réduite d'environ 6 %, fragilisant un modèle fondé uniquement sur le volume. Face à cette situation, il est conseillé de privilégier une approche axée sur la valeur.

Cette stratégie consiste à privilégier le fret aérien pour les gros calibres (plus de 22 mm) destinés à des marchés à forte rentabilité comme Guangzhou et Dubaï. Sur ces marchés, la prime liée au calibre et à la fraîcheur permet de compenser les coûts de transport supplémentaires et de préserver les marges bénéficiaires.

Par ailleurs, une nouvelle exigence d'accès a été instaurée pour le commerce de détail européen haut de gamme : la certification de l'empreinte hydrique et carbone n'est plus facultative, mais constitue un prérequis stratégique pour obtenir une place en rayon dans ces enseignes. Sans différenciation tangible, l'accès aux marchés à forte valeur ajoutée reste impossible.

Myrtilles au Zimbabwe © Tafara Mugwara/Xinhua

 

Vers une frontière de précision et de différenciation

L'Afrique achève sa métamorphose : d'une plateforme d'exportation réactive, elle devient un acteur stratégique des niches haut de gamme et des hautes technologies. La croissance de 78 % en volume n'est que la partie émergée de l'iceberg ; le véritable enjeu de cette transformation réside dans la capacité à gérer les crises géopolitiques grâce à une expertise pointue et une conscience environnementale aiguisée.

De même, le secteur doit faire face à une question fondamentale : dans un marché caractérisé par la volatilité et l'augmentation des coûts d'exploitation, le volume restera-t-il le critère de réussite, ou l'avantage concurrentiel résidera-t-il finalement dans la capacité à fournir des produits de haute technologie capables de résister aux crises logistiques du XXIe siècle ?

Source des données : Données commerciales mondiales d'Agronometrics.

source
Consultation sur les bleuets

Article précédent

prochain article

ARTICLES SIMILAIRES

L'industrie chilienne de la myrtille : signes d'ajustement et de repositionnement…
Les producteurs ukrainiens de myrtilles misent sur une stratégie unifiée...
Stands, réunions et échanges techniques : l'importance du réseautage à Bl...